Après avoir célébré la femme libre dans notre numéro précédent, en juillet PURE rend hommage à la star, « plus belle femme du monde » qui a électrisé son époque dans le sillage du tournage tropézien d’Et Dieu… créa la femme. Place à Brigitte Bardot, l’actrice, aimant à objectifs, jeune et belle bourgeoise bon chic « mauvais genre », qui prit instantanément valeur de symbole.
BB, la muse des objectifs
Avant d’être une actrice ou une chanteuse, Brigitte Bardot est une image. Son visage, son regard, sa chevelure sauvage et cette liberté qu’elle dégage vont inspirer les plus grands photographes. Dans les années 1950, les canons de beauté sont encore très codifiés. Bardot les balaie d’un simple mouvement de cheveux. Elle ne ressemble à personne. Devant l’objectif de Sam Lévin, qui réalise certains de ses portraits les plus célèbres, la jeune actrice devient rapidement l’un des visages les plus photographiés au monde. Et l’image devient icône. Parmi ceux qui ont le mieux saisi l’essence de Bardot figure Ghislain Dussart. Ses portraits des années 1960 et 1970 révèlent une autre facette de la star. La femme derrière le symbole. Tantôt amazone aux cheveux fauves, tantôt diva au large chapeau noir, tantôt apparition entourée de marguerites, son emblème favori. On y retrouve cette liberté absolue qui caractérise Bardot tout au long de sa carrière. Autre témoin privilégié, Alex Quinio immortalise la jeune femme au moment où elle devient un phénomène mondial. Chignons flous, regard charbonneux, épaules dénudées, Bardot invente sans le savoir un style qui sera copié pendant des décennies. Bien avant les influenceuses et les réseaux sociaux, elle devient une référence planétaire.
La femme la plus photographiée de son temps
Là où d’autres provoquent, Bardot revendique simplement la liberté. Lorsqu’elle pose nue devant l’objectif ou devant la caméra, elle ne cherche jamais le scandale. Elle considère son corps avec naturel, comme une évidence. Cette audace lui vaudra critiques, censures et polémiques. Mais elle contribuera aussi à faire évoluer les mentalités. Parce qu’avec Bardot, la nudité est l’expression d’une femme libre. Un demi-siècle plus tard, ses portraits continuent de nous regarder avec la même intensité. Comme si l’objectif n’avait jamais réussi à l’emprisonner. Comme si BB était restée, pour toujours, plus grande que son image.
L’égérie du cinéma
Brigitte avait beau jeter aux orties son passé d actrice, elle tourna durant près de vingt ans une quarantaine de films avec les plus grands réalisateurs de son époque. Elle confiait un attachement particulier pour Et Dieu… créa la femme de Vadim bien sûr mais aussi En cas de malheur en 1958 de Claude Autant-Lara, aux côtés de Jean Gabin ou elle incarne une jeune délinquante dont la sensualité et l’insolence provoquent le scandale. Certaines scènes nue sont censurées, le film déclenche la polémique et contribue à renforcer l’image d’une Bardot libre, refusant de se conformer aux attentes d’une société encore conservatrice. Parmi ses rôles les plus marquants figure sans doute Vie privée de Louis Malle en 1962. Le parallèle avec sa propre vie est saisissant. Elle y interprète une actrice mondialement célèbre, poursuivie par les photographes, prisonnière d’une notoriété devenue envahissante. Aujourd’hui encore, ce film demeure l’un des témoignages les plus troublants sur ce qu’elle vivait réellement. Brigitte confiait une tendresse particulière pour certains longs métrages en raison des rencontres artistiques qu elles lui procurèrent comme Viva Maria ! avec Jeanne Moreau, Les petroleuses avec Claudia Cardinale ou Boulevard du Rhum avec Lino Ventura. En 1973, Roger Vadim lui offre son dernier film Don Juan 73. Bardot y incarne une version féminine du célèbre séducteur, Libre, provocante, indépendante. À seulement trente-neuf ans, au sommet de sa gloire, elle choisit de quitter définitivement le cinéma. Un geste qui peut paraître encore inconcevable aujourd’hui, mais qui révèle qu elle a toujours préféré la liberté à la célébrité.
La femme de platines
Si le cinéma a fait d’elle une star mondiale, la musique a offert à Brigitte Bardot un autre terrain de liberté. « J’aimais chanter parce que ce n’était pas mon métier. Je le prenais comme un divertissement », confiait-elle. Contrairement au cinéma, la chanson ne lui imposait ni pression ni responsabilité. Elle y trouvait une légèreté qui lui ressemblait. Sans posséder la puissance des grandes interprètes de son époque, Bardot impose un style unique : elle ne chante pas, elle murmure, elle suggère. Serge Gainsbourg lui écrit des titres devenus mythiques : Harley Davidson, Comic Strip, Bonnie and Clyde, Contact, ou encore Je t’aime… moi non plus, enregistré en 1967 et longtemps resté secret tant son audace choque l’époque. Entourée des plus grands artistes du moment, elle chante, danse, joue la comédie avec une aisance déconcertant pour les grands shows de Maritie et Gilbert Carpentier. « Les shows télé étaient pour moi une vraie récréation, une vraie rigolade. Je faisais cela pour mon plaisir et peut-être aussi pour prouver que j’étais capable de chanter comme j’étais capable de danser ou de jouer la comédie », témoignait immanquablement Brigitte qui n’aimait rien tant aussi que jouer de la guitare sur le sable tropézien, entourée de ses complices Gipsy Kings et d’amis… Comme ses films ou ses photographies, ses chansons racontent toutes la même histoire, celle d’une femme libre qui demeure aujourd’hui encore l une des plus belles légendes françaises.
After celebrating the free-spirited woman in our previous issue, PURE now pays tribute to the star — the “most beautiful woman in the world” who electrified her era in the wake of the Saint-Tropez filming of And God Created Woman. The spotlight turns to Brigitte Bardot: actress, photographers’ darling, young and beautiful bourgeois rebel whose image instantly became a symbol.
Before she was an actress or a singer, Brigitte Bardot was an image. Her face, her gaze, her untamed hair, and the sense of freedom she embodied inspired some of the greatest photographers of her time. In the 1950s, beauty standards were still highly codified. Bardot swept them aside with a simple toss of her hair. She looked like no one else. Through the lens of Sam Lévin, who captured some of her most iconic portraits, the young actress quickly became one of the most photographed women in the world. An image was transformed into an icon. Among those who best captured Bardot’s essence was Ghislain Dussart. His portraits from the 1960s and 1970s reveal another side of the star: the woman behind the symbol. At times an amazon with fiery hair, at others a diva beneath a wide black hat, or a dreamlike figure surrounded by daisies, her favorite emblem. Throughout these images runs the same spirit of absolute freedom that defined Bardot throughout her career. Another privileged witness, Alex Quinio, immortalized the young woman at the very moment she was becoming a global phenomenon. With her loosely pinned hair, smoky eyes, and bare shoulders, Bardot unknowingly created a style that would be imitated for decades. Long before influencers and social media, she had already become a worldwide reference and a timeless symbol of French allure.
Where others sought to provoke, Bardot simply claimed her freedom. When she posed nude before the camera or the photographer’s lens, she was never seeking scandal. She viewed her body with complete naturalness, as something self-evident. This boldness earned her criticism, censorship, and controversy, but it also helped shift social attitudes. With Bardot, nudity became the expression of a free woman. More than half a century later, her portraits still meet our gaze with the same intensity. As though the camera had never truly managed to confine her. As though BB had remained, forever, greater than her own image.
Although Brigitte Bardot ultimately turned her back on her acting career, she appeared in nearly forty films over the course of two decades, working with some of the greatest directors of her time. She spoke with particular affection of And God Created Woman (1956) by Roger Vadim, of course, but also of Love Is My Profession (En cas de malheur, 1958) by Claude Autant-Lara, alongside Jean Gabin. In the film, she portrays a young delinquent whose sensuality and defiance spark outrage. Several nude scenes were censored, the film ignited controversy, and it further cemented Bardot’s image as a free-spirited woman unwilling to conform to the expectations of a still conservative society. Among her most memorable roles is undoubtedly Vie privée, directed by Louis Malle in 1962. The parallels with her own life are striking. She plays a world-famous actress hounded by photographers and trapped by a fame that has become overwhelming. Even today, the film remains one of the most poignant reflections of what Bardot herself was truly experiencing behind the spotlight. Brigitte also retained a special fondness for certain films because of the artistic encounters they brought her. Among them were Viva Maria! alongside Jeanne Moreau, The Legend of Frenchie King with Claudia Cardinale, and Boulevard du Rhum with Lino Ventura. In 1973, Roger Vadim offered her what would become her final screen appearance in Don Juan 73. Bardot plays a female version of the legendary seducer—free, provocative, and fiercely independent. At just thirty-nine years old, at the height of her fame, she chose to leave cinema forever. A decision that still seems almost unimaginable today, yet one that perfectly reveals a defining truth about Brigitte Bardot: she always valued freedom more than celebrity.
If cinema made her a global star, music offered Brigitte Bardot another realm of freedom. “I loved singing because it wasn’t my profession. I treated it as entertainment,” she once confessed. Unlike acting, music brought neither pressure nor responsibility. It gave her a sense of lightness that perfectly reflected her personality. Without possessing the vocal power of the great singers of her era, Bardot developed a style all her own: she did not sing so much as she whispered, suggested, and captivated. Serge Gainsbourg wrote for her a series of songs that would become legendary: Harley Davidson, Comic Strip, Bonnie and Clyde, Contact, and Je t’aime… moi non plus, recorded in 1967 and kept secret for years because its audacity shocked the times. Surrounded by the leading artists of the day, she sang, danced, and performed with remarkable ease in the celebrated television shows of Maritie and Gilbert Carpentier. “Those TV shows were a real break for me, pure fun. I did them for my own pleasure and perhaps also to prove that I could sing just as I could dance or act,” Bardot recalled. She also loved nothing more than playing the guitar on the beaches of Saint-Tropez, surrounded by her Gipsy Kings friends and close companions. Like her films and photographs, her songs all tell the same story: that of a free woman who remains, to this day, one of France’s most enduring and beloved legends.
Photos : Alex Quinio/GAMMA RAPHO, Claude Schwartz. All rights reserved 2026 / Bridgeman Images, SNC/EGE Films/Francos Film / Diltz / Bridgeman Images, Gérard GERY/PARISMATCH/SCOOP, Ghislain Dussart/GAMMA RAPHO, Giancarlo Botti/GAMMA RAPHO, John Kisch Archive, Reporters Associés/GAMMA RAPHO, Ministère de la Culture Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. GrandPalaisRmn/Sam Lévin
