Cet été, PURE célèbre celle qui incarne à elle seule l’âme de Saint-Tropez : Brigitte Bardot. Libre, solaire, indomptable. Une icône qui a façonné son territoire. À travers trois volets, cet hommage retrace les multiples visages de BB. Pour commencer, cap sur la Tropézienne, entre Club 55, Byblos et Madrague.
Le choc Bardot
1956 : Et Dieu… créa la femme. Un film, un scandale, une révolution. À 22 ans, Brigitte Bardot surgit à l’écran comme une évidence. Elle ne joue pas, elle est. Sensuelle sans calcul, libre sans provocation, moderne sans le revendiquer, elle bouscule les codes d’un cinéma encore figé. Face à elle, Jean-Louis Trintignant. Derrière la caméra, Roger Vadim. Et autour, un village encore discret, baigné de lumière : Saint-Tropez. En quelques semaines, tout bascule. Le film fait le tour du monde. BB devient un phénomène. Et Saint-Tropez, son décor, entre dans la légende.
Aux origines du mythe
Contrairement à ce que l’on raconte souvent, Bardot ne découvre pas Saint-Tropez à cette occasion. Elle y venait enfant, avec ses parents et sa sœur, dans la maison familiale de la rue de la Miséricorde. Mais le cinéma va sceller ce lien intime pour toujours. Le tournage, lui, commence presque comme une scène improvisée. Été 1955. Roger Vadim arrive en repérage chez Jean et Geneviève de Colmont. Persuadé d’entrer dans un restaurant, il s’installe à leur table avec son équipe. À la fin du repas, séduit par l’atmosphère, il lance : il reviendra tourner ici, avec 80 personnes à nourrir. « Il a dû aimer la cuisine… et l’ambiance », racontait Patrice de Colmont. Le Club 55 venait de naître, presque par accident. Comme souvent à Saint-Tropez, les légendes commencent simplement.
Soleil et nuits blanches
Très vite, le tournage déborde du cadre. Il se diffuse dans tout le village, investit les ruelles, les terrasses, les plages. L’équipe s’installe, s’intègre, adopte le rythme tropézien. Et BB, au centre de tout, irradie. Les journées s’étirent, les nuits deviennent fêtes. À table, les déjeuners se terminent chez le pâtissier Micka. C’est elle qui, un jour, lui glisse avec malice : « Tu devrais lui donner un nom… pourquoi pas la Tarte de Saint-Tropez ? » La Tropézienne venait de trouver son identité. Roger Vadim décrira plus tard cette parenthèse enchantée : « Les plages nous appartenaient. Les restaurants nous attendaient. Le conte de fées se levait au soleil du matin et ne se couchait pas. » Avec Bardot, Saint-Tropez change de ton. Plus libre, plus joyeux, plus audacieux.
La Madrague, refuge et symbole
En 1958, BB ancre définitivement son histoire au coeur de la presqu’île. Lors du tournage de La Femme et le Pantin, sa mère lui parle d’une maison à vendre, au creux de la baie des Canoubiers. Elle s’y rend, presque en cachette. Murs blancs, lumière crue, lauriers roses, eucalyptus… le coup de foudre est immédiat. Elle achète. Elle transforme. Elle s’approprie. La Madrague devient son refuge. Un lieu de liberté, de simplicité, presque de retrait. Elle y ajoute canisses, bambous et murs d’enceinte pour se protéger des regards, cherchant à préserver un peu d’intimité face à une célébrité devenue écrasante. Symbole des années solaires, la Madrague incarne aussi l’envers du décor : les paparazzis, les curieux, la foule jusque devant son portail.
Nuits gitanes, liberté instinctive
Quand les projecteurs s’éteignent, la musique prend le relais. BB vit ses nuits comme elle vit ses jours : intensément. Pieds nus dans le sable, guitare à la main, elle prolonge les soirées dans un esprit bohème et incandescent. Dans ces premières années de bonheur, elle vit libre à Saint-Tropez, proche des Tropéziens, adoptant leur rythme et leur simplicité. Elle accompagne l’éclosion des Gipsy Kings dans une même énergie, libre et solaire. Autour d’elle, la vie s’écrit en grand, entre éclats de rire et moments suspendus : en mer, sur le pont de son Riva, sur la plage ou attablée dans les restaurants tropéziens, entourée de ses amis célèbres, Alain Delon, Johnny Hallyday, Eddie Barclay et de ses amours, de Jean-Louis Trintignant à Roger Vadim, de Sacha Distel et Sami Frey, jusqu’à Gunther Sachs. « Avec Brigitte, c’était 45 ans d’amitié. Notre musique lui permettait de s’évader… C’était une rebelle, une grande amie », confiait Chico des Gypsy. Dans ces nuits-là, elle n’est plus une star. Juste une femme libre, vibrante, insaisissable.
Une icône proche des tropéziens
Derrière l’icône, ceux qui l’ont connue évoquent une présence rare, sans artifice. Jean-Roch parle de lettres manuscrites ornées de marguerites, son symbole. D’une relation discrète, presque secrète, faite de mots et de fidélité. « Jamais je n’aurais imaginé la rencontrer. Elle représentait tant pour moi depuis l’enfance… Et puis un jour nous avons commencé à avoir une correspondance… Très peu de monde le savait. Elle écrivait avec cette écriture à nul autre pareil parée de marguerites, son symbole. Et puis je l’ai rencontrée à La Garrigue et à la Madrague. J’ai toujours aimé son humour, son franc-parler, ce caractère bien trempé… » évoque t-il ému. Jacqueline Veyssière, figure emblématique des nuits tropéziennes, raconte une complicité simple, une amitié sans chichi. « Nous nous appelions quand nous en avions envie. Elle était ma sœur. D’ailleurs nous avons le même âge ! » Grande habituée des Caves jusqu’à ce qu’elle épouse Bernard d’Ormale, Brigitte n’y allait pas que pour danser. « Un soir, à cause d’un mégot, les Caves ont brûlé… J’étais catastrophée ! Mais plutôt que de fermer, Brigitte m’a suggéré de continuer dans la petite boîte que j’avais créé à côté. Et le lendemain soir, c’est elle qui jouait les hôtesses pour y accueillir les gens ! », sourit Jacqueline. « Oui le village avait une aura avant elle mais c’est bien simple, lorsqu’elle s’est installée, elle a changé Saint-Tropez ! » Même les souvenirs les plus anodins prennent alors une dimension particulière. Sylvie Siri, aujourd’hui maire, se souvient d’un livre dédicacé dans son enfance… et d’un jour où BB, en Mini Moke, s’arrête pour la raccompagner chez elle avec sa mère. « Je n’avais même pas dix ans. Elle avait loué une petite boutique rue d’Aumale ainsi qu’un stand au marché de la place des Lices, où elle liquidait ses affaires pour collecter de l’argent pour sa Fondation. Je lui avais acheté un livre sur les animaux qu’elle m’a dédicacée. » Un ouvrage toujours exposé dans son salon, cinquante ans plus tard ! Chez Bardot, rien n’était calculé, tout était spontané. Mais derrière cette liberté apparente, la pression de la célébrité ne cesse de grandir. Harcelée par les paparazzis, traquée jusque dans son intimité, elle doit peu à peu s’éloigner et se réfugier à La Garrigue, plus discrète, pour retrouver un peu de paix et ses visites dans le village vont peu à peu s’espacer et finir par disparaître.
Une empreinte éternelle
Brigitte Bardot n’a jamais été une icône figée. Elle était mouvement, instinct, vérité. Capable de rire, de s’indigner, de s’engager avec la même intensité. De défendre une cause ou de mobiliser tout un village pour retrouver son chat fugueur. « Lorsqu’elle recevait chez elle, Brigitte n’était pas dans l’emphase ou la pose. La parole était directe, sincère et pouvait aborder sans détour sa relation avec son fils comme ses petits plaisirs au quotidien », définit Laurent Amalric, à la direction de Var-matin, à qui elle a accordé sa confiance pendant trente ans. Que ce soit pour lui transmettre ses engueulades envers des chefs d’État ou rameuter des témoins locaux pour retrouver son chat fugueur Rontonton, qui fit alors le tour des médias ! Aujourd’hui encore, son empreinte est partout à Saint-Tropez. Dans la lumière du port. Dans les murs de la Madrague. Dans l’énergie du village. Et dans le cœur de tous les tropéziens. En témoigne la mission ultime de Jean-Claude Moreu, créateur de la plage des Jumeaux et président de la société tropézienne des voiliers de tradition : remettre sur l’eau son pointu Piou Piou, également surnom donné à son mari Bernard,. L’esquif avait coulé dans le port lors d’un incident maritime en 2015. “Elle connaissait bien mon père Alain qui a été son dentiste personnel pendant 60 ans. Elle avait beaucoup d’attachement pour cette embarcation avec laquelle elle naviguait avec ses toutous, montre-t-il, photo à l’appui. Avec les bénévoles de l’association, nous allons poursuivre le chantier pour honorer cette promesse et lui rendre un ultime hommage. ” Et qu’ainsi vogue à jamais en baie tropézienne le souvenir de celle qui en demeure le phare incontesté. Son mari, Bernard d’Ormale, confiait : « Derrière la figure publique, je me souviens d’une femme fragile, drôle, pudique, passionnée, terriblement vivante… totalement unique. C’est cette femme-là que j’ai aimée. Et que j’aimerai à jamais. »
This summer, PURE celebrates the woman who single-handedly embodies the soul of Saint-Tropez: Brigitte Bardot. Free-spirited, radiant, untamed. An icon who shaped her own territory. Through a three-part series, this tribute explores the many facets of BB. To begin, we turn to the quintessential Tropézienne, between Club 55, Byblos and La Madrague.
The Bardot shock
1956 : Et Dieu… créa la femme. A film, a scandal, a revolution. At 22, Brigitte Bardot bursts onto the screen like an obvious presence. She doesn’t act—she simply is. Sensual without calculation, free without provocation, modern without claiming it, she upends the codes of a still rigid cinema. Opposite her, Jean-Louis Trintignant. Behind the camera, Roger Vadim. And all around, a still discreet village, bathed in light: Saint-Tropez. Within a few weeks, everything changes. The film travels the world. BB becomes a phenomenon. And Saint-Tropez, her backdrop, enters the realm of legend.
At the origins of the myth
Contrary to popular belief, Bardot did not discover Saint-Tropez on that occasion. She had been coming here since childhood, with her parents and her sister, to the family home on rue de la Miséricorde. But it was cinema that would seal this intimate bond forever. The shoot itself began almost like an improvised scene. Summer 1955. Roger Vadim arrives on a location scout at the home of Jean and Geneviève de Colmont. Convinced he is stepping into a restaurant, he sits down at their table with his team. At the end of the meal, charmed by the atmosphere, he declares he will return to film there—with 80 people to feed. “He must have loved the food… and the ambiance,” recalled Patrice de Colmont. Club 55 had just been born, almost by accident. As is often the case in Saint-Tropez, legends begin simply.
Sun and Sleepless
Nights Very quickly, the shoot spills beyond its frame. It spreads throughout the village, taking over the narrow streets, the terraces, the beaches. The crew settles in, blends in, adopts the rhythm of Saint-Tropez. And BB, at the center of it all, radiates. Days stretch on, nights turn into celebrations.At the table, lunches end at Micka the pastry chef’s. One day, with a playful smile, she suggests: “You should give it a name… why not the Tarte of Saint-Tropez?” The Tropézienne had just found its identity. Roger Vadim would later describe this enchanted interlude: “The beaches belonged to us. The restaurants were waiting for us. The fairy tale rose with the morning sun and never set.” With Bardot, Saint-Tropez changes its tone—freer, more joyful, more daring.
La Madrague, refuge and symbole
In 1958, Brigitte Bardot anchored her story permanently in the heart of the peninsula. During the filming of La Femme et le Pantin, her mother told her about a house for sale, tucked away in the Baie des Canoubiers. She went there, almost in secret. White walls, harsh light, oleanders, eucalyptus… it was love at first sight. She bought it. She transformed it. She made it her own. La Madrague became her refuge—a place of freedom, simplicity, almost withdrawal. She added reed screens, bamboo, and enclosing walls to shield herself from prying eyes, seeking to preserve a sense of privacy in the face of overwhelming fame. A symbol of sun-drenched years, La Madrague also embodies the other side of the story: paparazzi, onlookers, and crowds gathering right outside her gates.
Gypsy nights, instinctive freedom
When the spotlights fade, music takes over. Brigitte Bardot lives her nights the way she lives her days: intensely. Barefoot in the sand, guitar in hand, she stretches out her evenings in a bohemian, incandescent spirit. In those early years of happiness, she lives freely in Saint-Tropez, close to the locals, embracing their rhythm and simplicity. She accompanies the rise of the Gipsy Kings with the same free-spirited, sun-drenched energy. Around her, life unfolds on a grand scale, between bursts of laughter and suspended moments: at sea, on the deck of her Riva, on the beach, or seated at the tables of Saint-Tropez’s restaurants, surrounded by her famous friends—Alain Delon, Johnny Hallyday, Eddie Barclay—and her great loves, from Jean-Louis Trintignant to Roger Vadim, from Sacha Distel and Sami Frey to Gunther Sachs. “With Brigitte, it was 45 years of friendship. Our music allowed her to escape… She was a rebel, a great friend,” recalled Chico Bouchikhi. In those nights, she is no longer a star—just a free, vibrant, and elusive woman.
An icon close to the people of Saint-Tropez
Behind the icon, those who knew her speak of a rare presence, utterly free of artifice. Jean-Roch recalls handwritten letters adorned with daisies—her signature symbol. A discreet, almost secret relationship, built on words and loyalty. “I would never have imagined meeting her. She meant so much to me since childhood… And then one day we began corresponding… Very few people knew. She wrote in that unmistakable handwriting, embellished with daisies, her symbol. And then I met her at La Garrigue and at La Madrague. I always loved her humor, her outspokenness, that strong, determined character…” he says, visibly moved. Jacqueline Veyssière, an emblematic figure of Saint-Tropez nightlife, describes an easy complicity, a friendship without pretension. “We would call each other whenever we felt like it. She was my sister. In fact, we’re the same age!” A regular at Les Caves until she married Bernard d’Ormale, Brigitte didn’t go there just to dance. “One night, because of a cigarette butt, Les Caves burned down… I was devastated! But instead of shutting everything down, Brigitte suggested we carry on in the little club I had created next door. And the very next evening, she herself was playing hostess, welcoming guests!” Jacqueline recalls with a smile. “Yes, the village already had an aura before her—but it’s simple: when she settled there, she changed Saint-Tropez!” Even the most ordinary memories take on a special significance. Sylvie Siri, now mayor, remembers a book dedicated to her in childhood… and a day when BB, driving a Mini Moke, stopped to take her and her mother home. “I wasn’t even ten. She had rented a small shop on Rue d’Aumale, as well as a stall at the Place des Lices market, where she was selling off her belongings to raise money for her Foundation. I bought a book about animals from her, and she signed it for me.” The book is still displayed in her living room fifty years later! With Bardot, nothing was ever calculated—everything was spontaneous. Yet behind this apparent freedom, the pressure of fame kept intensifying. Hounded by paparazzi, pursued even into her private life, she gradually withdrew, retreating to La Garrigue—more secluded—in search of peace. Her visits to the village became increasingly rare, until they eventually ceased altogether.
An eternal imprint
Brigitte Bardot was never a fixed icon. She was movement, instinct, truth. Capable of laughter, indignation, and commitment with equal intensity. Of defending a cause—or mobilizing an entire village to find her runaway cat. “When she hosted at home, Brigitte wasn’t theatrical or posed. Her words were direct, sincere, and she could speak openly about her relationship with her son as well as her everyday pleasures,” says Laurent Amalric, editorial director of Var-Matin, whom she trusted for thirty years. Whether it was to share her outbursts at heads of state or rally locals to find her missing cat Rontonton—who briefly made headlines—she remained fiercely herself. Even today, her imprint is everywhere in Saint-Tropez. In the light of the port. In the walls of La Madrague. In the energy of the village. And in the hearts of all its people. This is reflected in the final mission of Jean-Claude Moreu, founder of Les Jumeaux beach and president of the Société Tropézienne des Voiliers de Tradition: to return her pointu, Piou Piou, to the water—also the nickname of her husband Bernard. The boat had sunk in the port during a maritime incident in 2015.“She knew my father Alain well—he was her personal dentist for 60 years. She was very attached to this boat, which she sailed with her dogs,” he explains, showing photographs. “With the association’s volunteers, we will continue the restoration to honor this promise and pay her a final tribute.” And so may the memory of the woman who remains its undisputed beacon sail forever across the bay of Saint-Tropez. Her husband, Bernard d’Ormale, once said: “Behind the public figure, I remember a woman who was fragile, funny, reserved, passionate, intensely alive… utterly unique. She is the woman I loved. And will love forever.”
Photos : André SARTRES/PARISMATCH/SCOOP, Bridgeman Images, Collection privée Jacqueline Veyssière, Collection privée Sthéphane Guidot, Ghislain Dussart/GAMMA RAPHO, Jack GAROFALO/PARISMATCH/SCOOP, Jean-Pierre Bonnotte/GAMMA RAPHO, Léo Mirkine/Collection Mirkine, Willy Rizzo@Archives Paris match
