Chaque année, au cœur de Saint-Tropez, la Bravade réunit familles et habitants dans une célébration unique de leur histoire et de leurs racines.
Textes : Carine Roux – Photos : By Toine
Chaque 16, 17 et 18 mai depuis 1558, les tropéziens honorent leur saint patron lors de trois jours de fêtes religieuses et militaires. Née de la tradition et transmise de génération en génération, la Bravade se vit comme un lien familial puissant. Le cortège défile dans les rues, mêlant hommes en uniforme de soldats et de marins, précédés de Provençales et d’enfants en costumes. Tous sont réunis pour rendre hommage à leur saint et au courage des ancêtres qui défendirent la ville. Uniformes impeccables, drapeaux rouges et blancs, chants et aubades racontent l’histoire et le patrimoine du village. Marcher au rythme des fifres, des tambours et des salves, c’est affirmer son attachement à Saint-Tropez et à ses racines.
Every May 16th, 17th, and 18th since 1558, the people of Saint-Tropez honor their patron saint during three days of religious and military celebrations. Born of tradition and passed down from generation to generation, the Bravade is experienced as a powerful family bond. The procession winds through the streets, bringing together men in soldier and sailor uniforms, preceded by Provençal women and children in traditional costumes. All are united in paying tribute to their saint and to the courage of the ancestors who defended the town. Impeccable uniforms, red and white flags, songs, and aubades tell the story and heritage of the village. Marching to the rhythm of fifres, drums, and ceremonial gun salutes is a way of affirming one’s deep attachment to Saint-Tropez and its roots.
Une tradition familiale
Dès l’enfance, la Bravade initie les tropéziens à leurs traditions. Le 17 mai au matin, les enfants, portant vareuses, pantalons à pont ou « Bachi » le fameux béret au pompon rouge avancent fièrement aux côtés de leurs parents et grands-parents. Mousquetaires, porte-drapeaux, cantinières et tambour-major défilent côte à côte avec leurs aînés, perpétuant un rituel vieux de plusieurs siècles. Pour tous, le premier uniforme reste un souvenir indélébile : le trac du premier défilé, l’émotion devant l’église, la fierté sous le regard de toute la famille. « La Bravade est avant tout un acte de foi et un héritage vivant qui se transmet de génération en génération. Elle exprime notre attachement à notre saint patron et à l’histoire de nos aînés. C’est un repère immuable dans un monde qui change si vite » explique Jean-François André, major de l’édition 2010.
Le vrai tropézien, c’est celui qui a les yeux qui brillent à ce moment-là.
A family tradition
From an early age, the Bravade initiates the people of Saint-Tropez into their traditions. On the morning of May 17th, children—wearing sailor blouses, buttoned flap trousers, or the famous Bachi (the beret topped with a red pompom)—proudly march alongside their parents and grandparents. Musketeers, flag bearers, cantinières, and the drum major parade side by side with their elders, perpetuating a ritual that dates back several centuries. For all of them, their first uniform remains an indelible memory: the nervous excitement of the first parade, the emotion in front of the church, the pride under the gaze of the entire family. “The Bravade is above all an act of faith and a living heritage passed down from generation to generation. It expresses our attachment to our patron saint and to the history of our ancestors. It is a constant landmark in a world that is changing so rapidly,” explains Jean-François André, Major of the 2010 edition.
La Bravade ne se raconte pas, elle se vit.
Plusieurs générations côte à côte
Dans de nombreuses familles, plusieurs générations marchent côte à côte. Chez les Meiffret, « la tradition se perpétue depuis quatorze générations » explique Marie-Josée, gardienne de cet héritage. Son fils aîné Cédric confie : « Depuis l’enfance, j’ai toujours participé à la Bravade avec mes parents et mes grands-parents. J’ai quitté Saint-Tropez à l’âge de 18 ans pour mes études. J’ai vécu à Singapour, à Hong Kong, aux Etats-Unis, avant de m’installer à Paris. Depuis que je suis en âge de faire la Bravade, je n’ai manqué qu’un seul rendez-vous. » Aujourd’hui père de trois enfants, il veille à transmettre « la fibre de la Bravade » à Auguste, 10 ans, Alice, 4 ans et Antonin, 2 ans. Pour Auguste, la Bravade est un moment à part, pendant lequel il se sent « différent ». Il aime beaucoup voir les costumes de mousquetaires, identiques à celui de son grand-père. Il est également impressionné par le moment où les bravadeurs embrassent le saint dans l’église. Marie-José a également un second fils, Benjamin, lui aussi très impliqué dans la bravade. Il joue du fifre dans la clique depuis près de trente-cinq ans, pour le plus grand bonheur de son fils Gaston, 5 ans, qui adore la musique. Sa fille Eulalie, passionnée de costumes, est quant à elle très heureuse de défiler en provençale aux côtés de sa grand-mère. Tous attendent avec impatience la traditionnelle réception du 17 mai, organisée après la procession dans la maison de la place des Lices, un moment privilégié pour retrouver ses proches. Une transmission que l’on retrouve dans de nombreuses familles de bravadeurs, à l’image de celle de Roland Mondelli, de la compagnie des Marins, fier d’accompagner son fils de 18 ans pour sa première Bravade armée. Ou encore de celle de Lucas Mouille, 19 ans, héritier d’une longue lignée : « participer cette année pour la première fois à la Bravade, armé aux côtés de mon père, c’est perpétuer l’âme de Saint-Tropez. C’est un lien fort avec nos racines et un honneur immense. » Deux générations, deux parcours, mais une fierté identique et une émotion intacte. Les coups de fusil éclatent, la poudre flotte dans l’air et les chants résonnent sous les voûtes de l’église. L’émotion éclaire les visages. Alors les mots du Cepoun prennent toute leur dimension : « La Bravade ne se raconte pas, elle se vit. Les mots ne peuvent pas traduire ce frisson qui nous parcourt dès les premières notes de la clique, quand les fenêtres s’ouvrent dans toute la ville. Rien ne remplace ce que ressentent les tropéziens le 17 mai à minuit, sur la place de la mairie et dans l’église lors de la rentrée du saint. Le vrai tropézien, c’est celui qui a les yeux qui brillent à ce moment-là. »
Depuis que je suis en âge de faire la Bravade, je n’ai manqué qu’un seul rendez-vous.
Participer cette année pour la première fois à la Bravade, armé aux côtés de mon père, c’est perpétuer l’âme de Saint-Tropez. C’est un lien fort avec nos racines et un honneur immense.
Several generations side by side
In many families, several generations march side by side. In the Meiffret family, “the tradition has been carried on for fourteen generations,” explains Marie-Josée, the guardian of this heritage. Her eldest son, Cédric, shares: “Since childhood, I have always taken part in the Bravade with my parents and grandparents. I left Saint-Tropez at the age of 18 to pursue my studies. I lived in Singapore, in Hong Kong, United States—before settling in Paris. Since I’ve been old enough to take part in the Bravade, I have only missed it once.” Now the father of three children, he ensures that he passes on “the Bravade spirit” to Auguste, 10, Alice, 4, and Antonin, 2. For Auguste, the Bravade is a special moment during which he feels “different.” He particularly enjoys seeing the musketeer costumes, identical to his grandfather’s, and is deeply impressed by the moment when the bravadeurs kiss the saint in the church. Marie-Josée also has a second son, Benjamin, who is equally involved in the Bravade. He has been playing the fife in the clique for nearly thirty-five years, much to the delight of his five-year-old son Gaston, who loves music. His daughter, Eulalie, passionate about costumes, is thrilled to parade in Provençal dress alongside her grandmother. All of them eagerly await the traditional reception on May 17th, held after the procession at the house on Place des Lices—a cherished moment to gather with loved ones. This sense of transmission can be found in many bravadeur families, such as that of Roland Mondelli from the Mariners’ Company, proud to accompany his 18-year-old son for his first armed Bravade. Or Lucas Mouille, 19, heir to a long lineage: “Taking part this year in the Bravade for the first time, armed alongside my father, is about carrying on the soul of Saint-Tropez. It is a powerful connection to our roots and an immense honor.” Two generations, two paths, yet the same pride and undiminished emotion. Gunshots ring out, powder lingers in the air, and songs echo beneath the church vaults. Emotion lights up every face. Then the words of the Cepoun take on their full meaning: “The Bravade cannot be told—it must be lived. Words cannot convey the thrill that runs through us from the very first notes of the clique, when windows open across the entire town. Nothing can replace what the people of Saint-Tropez feel on May 17th at midnight, in the town hall square and in the church during the return of the saint. A true Tropézien is the one whose eyes shine at that moment.”
Les mots ne peuvent pas traduire ce frisson qui nous parcourt dès les premières notes de la clique, quand les fenêtres s’ouvrent dans toute la ville.
